Lecture : Middlesex

Hello ! Après une petite pause de blog pendant presque tout le mois de septembre (vacances oblige), je reprends un rythme de parution un peu plus soutenu et ça me fait bien plaisir ! J’ai acheté en début d’année Middlesex de Jeffrey Eugenides, sur un coup de tête en me promenant en librairie et je n’ai commencé à le lire qu’à la fin de l’été. J’avais adoré Virgin Suicides de cet auteur (le film aussi d’ailleurs, ce qui est rare chez moi) et le thème de l’hermaphrodisme m’a tout de suite attirée, je n’ai pas hésité longtemps. Pourtant, ce livre traite finalement assez peu de ce sujet, c’est plutôt une fresque familiale entre la Turquie des années 20 et la région de Detroit aux US dans les 70’s et c’est vraiment un excellent roman que j’ai dévoré.

Middlesex est raconté du point de vue de Cal, un homme de 40 ans né en 1959… en tant que petite fille. Cal explique tout ce qui, selon lui, a mené à la mutation de ses gènes pour arriver à son genre particulier. Il parlera avec tendresse, humour mais aussi gravité de l’histoire de sa famille qui commence avec ses grand-parents Desdemona et Lefty Stephanides, villageois de leur état, fuyant la guerre qui fait rage à la frontière greco-turque en 1920. La particularité de ses grand-parents ? Ils sont à la fois cousins germains et… frère et sœur ! Desdemona sait qu’elle ne doit pas céder à son penchant pour son frère, mais pensant ne pas survivre à l’incendie de Smyrne, elle promet à Lefty qu’il pourra l’épouser s’il arrive à leur faire fuir la guerre. Et… il arrive à les faire embarquer sur un paquebot vers New York. A travers ce couple particulier, l’auteur nous raconte l’immigration vers les Etats-unis, le passage à Ellis Island, et finalement l’arrivée à Detroit alors en plein essor grâce à l’industrie automobile.

On en apprend beaucoup sur cette période de l’histoire des Etats-unis, sur la communauté d’expatriés grecs, la prohibition, sur Ford aussi, j’ai trouvé cela passionnant. Malgré sa promesse à Dieu de ne pas avoir d’enfant, Desdemona finit par tomber enceinte. Son fils, Milton (futur père de Cal) fait son entrée dans le récit, et à travers lui on vivra la seconde guerre mondiale puis le début de déclin de Detroit. Enfin, à la naissance de Calliope, alors une petite fille, ce sera la réussite de l’entreprise de Milton parallèlement à la catastrophe de l’économie de Detroit culminant dans les émeutes raciales.

J’ai été passionnée par l’Histoire qu’on découvre au travers des personnages, mais encore plus passionnée par cette fresque familiale dont les personnages sont tous très soignés. La particularité physique de Cal, n’est finalement pas le centre du récit, mais elle garde un beau tiers du roman pour être développée et cette partie là est très intéressante aussi. Avec la puberté, Calliope commence à comprendre qu’elle est différente, l’auteur, comme dans Virgin Suicides, n’a décidément pas son pareil pour décrire les affres et les tourments de l’adolescence, tourments qui au final arrivent, qu’on se pose des questions sur son genre, son orientation sexuelle, ou pas d’ailleurs.

Je ne peux donc que conseiller ce pavé de plus de 600 pages, je l’ai adoré et lu très vite. La fin m’a même arraché une petite larme. A noter que le roman à gagné le prix Pulitzer, et je comprends aisément pourquoi.

Je vous laisse avec un petit passage que je trouve tellement beau  : A l’époque les passagers partant pour l’Amérique avaient coutume de monter sur le pont avec une pelote de coton. Ceux qui restaient à quai gardaient en main l’extrémité du fil. Tandis que le Giulia s’éloignait au son de sa corne de brume, une centaine de fils de coton se tendaient au-dessus de l’eau. Les gens criaient leurs adieux, agitaient frénétiquement les bras, tenaient à bout de bras des bébés pour qu’ils voient une dernière fois ceux dont ils ne garderaient pas le souvenir. Les hélices bouillonnaient ; les mouchoirs voletaient et, sur le pont, les pelotes de coton se mirent à se dévider. Rouge, jaune, bleu, vert, elles se déroulaient toutes les dix secondes, puis de plus en plus vite à mesure que le bateau prenait de la vitesse. Les passagers tenaient leur fil aussi longtemps que possible, conservant le contact avec les visages qui se faisaient de moins en moins discernables. Mais finalement, une par une, les pelotes arrivèrent à leur fin. Les fils de coton s’envolèrent, s’élevant dans la brise.

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