Régulièrement sur les réseaux sociaux, on me dit que je suis productive, que je fais beaucoup de costumes tous les ans. Personnellement, je n’ai pas cette impression. Mais surtout, je ne vois pas ça du point de vue « productif », puisque je ne vends rien et que je ne cherche que le plaisir de créer. Et surtout, je me mets la pression pour ne pas regretter plus tard de ne pas avoir profité de mon temps pour créer. Je ne m’érige certainement pas en exemple et je m’en voudrais si cette « productivité » faisait se sentir quelqu’un mal à l’aise. Créer des costumes est vraiment un travail complexe et complet : on source des matériaux, on se renseigne et on apprend de nouvelles techniques, on patronne, on coud, on bricole, on peint, on coiffe des perruques, on se maquille, je peux continuer comme ça longtemps. Tout ceci prend du temps, de l’énergie, de l’argent et nous ne sommes pas tous égaux sur ces points là. Je fais tout ça depuis plus de 25 ans, alors forcément il y a plein de choses qui me prennent moins de temps que quelqu’un qui commence par exemple. J’ai aussi accumulé du matériel, des machines, de l’expérience, etc… ne vous comparez pas, on ne part jamais sur un pied d’égalité quand on débute, ou que nos ressources sont plus limitées. Chacun fait comme il peut en fonction de ses moyens. Ce post reprend une story que j’avais faite sur mon compte instagram en avril 2025. Je profite de cette réécriture pour approfondir certains points.
Ceci étant dit, un dernier petit avertissement : je vais vous décrire ma façon de faire, elle marche pour moi et ne marchera pas pour tout le monde pour les raisons décrites dans le paragraphe précédent.
1- Les références
Tout cosplay commence avec des images de référence. Quand j’ai un crush sur un personnage, même si je ne suis pas encore sûre d’en faire un costume, je lui crée un petit dossier sur mon ordinateur avec le maximum d’images de référence :

C’est vraiment basique, mais c’est sur mon disque dur, pas sur drive, pas sur pinterest etc… Donc même si ces plateformes disparaissent et si les sources ne sont plus en ligne, j’aurai toujours accès à mes images de référence. Croyez-en mon expérience, ça arrive régulièrement de voir des images disparaître de la surface du web. Avoir un seul endroit où trouver ses sources, c’est bête, simple mais pratique.
2 – Organiser mes projets
Pour cette étape, j’utilise Notion qui existe en app mobile et desktop. Il existe plein d’équivalents, et un simple cahier ou bullet journal marche aussi très bien (j’utilise aussi ça d’ailleurs, j’en parlerai plus tard). J’aime beaucoup tout avoir sous la main sur mon téléphone au cas où une idée me vient à noter etc… Et j’aime aussi beaucoup travailler sur mon ordinateur, le fait que les deux se mettent à jour en même temps est très pratique.
Sur Notion, j’utilise le tableau « kanban » (gratuit) qui me permet de créer des fiches projets que je peux classer en différentes catégories :
- Projets : Je fais un tri dans mes dossiers d’images de références du point précédent, et les projets que je mets ici sont ceux qui sont passés de « Wishlist » à une vraie envie de commencer le costume.
- En cours : Ce sont les costumes qui sont passés à l’étape de la réalisation.
- Terminé : pour les costumes finis. Pourquoi ne pas tout simplement supprimer la fiche une fois le projet terminé ? Parce que je garde mes fiches pour archives et ensuite parce que la réalisation est peut-être finie mais pas la vie du costume. L’organisation de mes shootings passe aussi par ces fiches projet. Et cela me permet de voir d’un coup d’oeil quels costumes sont prêts à être shootés.
- En stand by : les projets mis en pause pour diverses raisons : groupe annulé, réparations à faire etc….
- Sans priorité : tout simplement ma wishlit, je mets ici toutes mes envies costumes.
- Info : des fiches d’information diverses : coordonées de photographes, carte google map où je mets mes spots de shootings etc…

3 – Démarrage d’un projet
Attaquons maintenant le vif du sujet : le projet en lui-même ! Je divise ce point en plusieurs étapes.
1 – Analyser les images de références :
Je prends mes images de références et je regarde la coupe du vêtement, les accessoires et j’identifie les matériaux dont je vais avoir besoin. Pour cela, je fais ce que j’appelle une « fiche éléments ». Exemple avec Cersei Lannister :


A partir de là, je vérifie si je ne dispose pas déjà de certains éléments dans mon stock de matériel. Pour m’aider, notamment pour les tissus, je me suis fait de bonnes vieilles fiches bristol classées dans une boîte que j’ai récupérée à un de mes jobs alors qu’elle était vouée à la poubelle. Sur chaque fiche, je colle un petit échantillon de quelques centimètres carrés de tissu, puis je note le métrage dont je dispose. Lorsque j’utilise un morceau de tissu, je mets la fiche concernée à jour. Je classe ensuite mes fiches par matières. Ce petit classeur est vraiment super pratique car avec les années, j’ai accumulé de plus en plus de choses et parfois, je ne me souviens plus de ce que j’ai déjà.
2 – Créer ma fiche projet dans Notion :
Le tableau « Kanban » de Notion me permet de créer des fiches projets, comme je le disais plus haut, en cliquant sur le projet directement. Ma page s’ouvre et je vais pouvoir renseigner les éléments clés de mon projet : nom du projet, date d’échéance, type de priorité, statut. Le tout est agrémenté d’une photo de couverture et d’une icône, j’adore <3

Tout le reste est customisable et pour ma part en premier lieu je vais mettre ma fiche éléments et quelques images de références pertinentes (la majorité de mes images de références restent dans mon dossier sur mon disque dur). Puis je vais faire 3 listes : ma liste de courses, ma liste de tâches sur le costume, ma liste de tâches « média ». J’utilise la to-do list avec cases à cocher directement proposée par Notion. J’adore le moment où je peux cocher la case d’une étape terminée, c’est très satisfaisant !
Pour la liste de courses, j’y insère aussi les liens des boutiques en lignes où j’ai repéré des articles qui conviendraient à mon projet.

Pour la liste de tâches costume, je découpe simplement mes tâches par étapes, les premières sont toujours les mêmes : faire la fiche éléments, faire le parton, faire une toile (je ne la fais pas toujours je l’avoue), et couper mon tissu. Le reste est ensuite propre à chaque projet :

Enfin, ma dernière liste s’appelle « Média« , elle regroupe tout ce qui concerne les choses que je communique sur mon site et sur Instagram : mes posts de WIP, l’organisation de shootings photo, le lien vers un tableau Pinterest avec des idées de poses et ambiances pour des photos, etc…
4 – Planification

A partir de ma date de rendu (pas forcément précise, il me faut au moins un mois ou un trimestre), je passe à la planification de mes tâches. Pour cela j’utilise mon agenda papier (je sais que Notion propose aussi un calendrier, mais à ce niveau là, je suis un peu vieux jeu !). Depuis quelques années, je suis une adepte des agendas de My365, super pratiques et jolis.
Je me mets des tâches à faire toutes les semaines, même des toutes petites, pour avancer même quand je suis fatiguée. Je fais aussi la différence entre les phases de ma vie où j’ai de l’énergie et celles où je suis KO, et ça arrive souvent ! Par exemple, en été, c’est impossible pour moi d’être productive, donc mes projets pour l’automne doivent avancer significativement avant les grandes chaleurs, parce que je refuse de rusher, c’est là qu’on fait des bêtises.
Je me fixe des objectifs mensuels mais je commence toujours par acheter le matériel qui va mettre le plus de temps à arriver et j’étale mes dépenses sur plusieurs mois. Prenons l’exemple de mon costume de Sailor Mercury de 2025 : En avril 2025, ‘avais déjà mes tissus mais je devais encore acheter la perruque, faire la jupe le col marin. Je découpe tout ça en tâche hebdomadaires :
- Semaine 1 : acheter la perruque + patronner
- Semaine 2 : faire une toile puis couper le tissu final
- Semaine 3 : assembler
- Semaine 4 : essayage + finition
C’est volontairement léger pour que ça reste faisable sans stresser pour moi. Je pars du principe que je ne ferai rien en semaine à cause de la fatigue du boulot. Les tâches doivent donc être faisables le week-end sans pour autant le manger entièrement pour garder du temps pour me reposer. Si j’arrive à avancer dans la semaine, c’est du bonus, mais ce n’est pas la règle. Je veux que mes objectifs soient atteignables pour les dépasser facilement si je suis motivée et en forme, mais aussi pour ne pas me décourager si je dois repousser les tâches en cas de grosse fatigue. C’est un peu jouer avec les mots, mais ça me donne l’impression d’être trop forte quand j’en fais plus que prévu. Et la cerise sur le gâteau, c’est devoir réorganiser mes tâches parce que je suis allée plus vite que prévu (on a les petits bonheurs qu’on trouve hein ^^;).
Evidemment, cette façon de faire me limite dans le nombre de projets que je peux mener à bien, et j’adorerai pourvoir en faire plus. Mais il se trouve que j’ai d’autres passions aussi et que je ne veux pas qu’elles fondent au profit des costumes (lecture, jeux vidéo, couture de mes vêtements, photo, etc…). Je vise en général 6 costumes par an, et je vous garantis que les choix sont vraiment difficiles.
5 – Trucs et astuces divers
- Je commence par ce qui me fait le plus peur, ou ce qui est le plus compliqué techniquement. De cette façon, le plus dur sera derrière moi et le reste du projet roulera tout seul.
- Pour éviter de stresser à cause d’une couture pas droite, une peinture que je n’aime pas où autre petit cafouillage, j’applique « la règle des 1 mètre ». Regardez votre travail à 1 mètre de distance, si le cafouillage ne se voit pas, croyez-moi, personne ne le remarquera, ou alors c’est que ces gens sont bien trop près de vous de toutes façons ! J’aime les jolies finitions, mais seulement si je ne me rends pas malade pour ça.
- Si je reste bloquée sur une étape, que je commence à m’énerver, je m’arrête : le mieux est l’ennemi du bien. Je laisse ça de côté et je fais autre chose. Je reprendrai ça à ma prochaine séance, et souvent je trouve une solution à tête reposée. D’où l’importance de faire un planning aéré en étant généreuse sur le délais accordé. Cela permet de faire un break et de reprendre de manière plus détendue.
- Enfin, je fais attention à ne pas tomber dans un « tunnel » de travail, car c’est là que je me fatigue, que je me fais mal au dos, et surtout, c’est là que je fais des bêtises qui risquent de m’obliger à refaire une partie du costume. Et clairement, hors de question de perdre du temps là où j’ai voulu en gagner, mauvais calcul.
